Le quilling, ou torsion de papier, est un art étonnant qui consiste à transformer des bandes de papier longues et étroites en une dentelle délicate qui peut rivaliser avec des bijoux. Le nom lui-même vient du mot anglais quill, une plume d'oiseau, qui a servi de premier outil pour tordre le papier. Cet art, empreint de tendresse et de travail minutieux, a parcouru un long chemin depuis l'imitation des métaux précieux dans les églises pauvres jusqu'au statut de passe-temps mondial et d'art décoratif de haut niveau. Retraçons cette évolution fascinante.
⛪ Racines historiques : De l'or pour les pauvres
Les origines du quilling remontent à plusieurs siècles. Certains chercheurs suggèrent que les rudiments de la technique auraient existé dans l'Égypte ancienne, où de minces bandes de métal étaient utilisées pour la décoration. Cependant, la véritable naissance du quilling en tant qu'art s'est produite dans l'Europe médiévale à la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle.
Les principaux inventeurs de cette technologie étaient des religieuses catholiques en France et en Italie. À la Renaissance, ils ont créé de délicats médaillons, des cadres d'icônes et des couvertures de livres religieux. Ils utilisaient des bandes de papier aux bords dorés découpées dans les couvertures de vieux folios. En enfilant ces bandes à la pointe d'une plume d'oie, ils créaient des motifs ajourés qui, vus de près, donnaient toute l'illusion du filigrane d'or. Dans les églises pauvres, cette imitation des dotations en bijoux était le seul luxe disponible, et cette technique était poétiquement connue sous le nom d'"or des pauvres".

👑 L'âge des gentilshommes et des nobles dames.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le quilling a dépassé les murs des monastères et est devenu un divertissement social raffiné. Cependant, en raison du coût élevé du papier de qualité et de la nécessité de disposer de beaucoup de temps libre, cet art est resté l'apanage des riches et des nobles.
En Angleterre, où les premiers moulins à papier sont apparus vers 1495, le quilling était particulièrement répandu. Il était pratiqué par les dames qui n'étaient pas surchargées de travail, au même titre que la broderie et d'autres travaux d'aiguille féminins. Elle était considérée comme un passe-temps innocent pour occuper une heure de loisir (The New Lady's Magazine, 1786).
Les dames raffinées décoraient les boîtes à thé, les paniers de travail, les paravents, les armoires, les cadres et même les meubles avec des boucles de papier, pour lesquelles des évidements spéciaux étaient réalisés. On sait que des célébrités telles que l'écrivain Jane Austen (elle mentionne le travail en filigrane dans son roman Sense and Sensibility) et les sœurs Brontë ont rendu hommage à ce passe-temps. À la fin du XVIIIe siècle, la princesse Élisabeth, fille du roi George III, s'est sérieusement intéressée au quilling, et certaines de ses œuvres sont toujours conservées au Victoria and Albert Museum de Londres.

🌍 Variations régionales et revitalisation
Au XIXe siècle, le quilling est resté un passe-temps essentiellement féminin, mais au début du XXe siècle, sa popularité s'est estompée. L'intérêt n'a été ravivé que dans la seconde moitié du 20e siècle. En 1875, l'Anglais William Bemrose a tenté de redonner vie à cet art en produisant un jeu de mosaïques accompagné d'instructions, et en 1927, l'une des premières grandes expositions a eu lieu à Londres.
Il existe aujourd'hui deux écoles distinctes de quilling, qui se sont formées à la fin du 20e siècle :
- École européenne : Elles se caractérisent par leur brièveté et leur minimalisme. Les œuvres sont généralement composées d'un petit nombre de pièces et ressemblent à une mosaïque, décorant des cartes, des cadres et des emballages cadeaux. Ici, il est important d'obtenir un résultat rapide et décoratif.
- École coréenne (orientale) : Il s'agit là d'une véritable virtuosité. Les maîtres orientaux, qui ont absorbé les traditions des meilleurs graphistes, créent les œuvres les plus complexes, semblables à l'art de la joaillerie. La dentelle tridimensionnelle la plus fine est tissée à partir de centaines de petits détails, qui se transforment en panneaux et tableaux luxueux.
✨ Signification culturelle et symbolisme
Le quilling a toujours eu une profonde connotation culturelle. Au Moyen Âge, c'était un symbole d'humilité religieuse et en même temps une tentative de toucher la beauté divine par l'imitation de l'or. À l'époque victorienne, il est devenu un marqueur de statut social et de bonne éducation pour les jeunes filles de la haute société, un symbole d'oisiveté et de goût raffiné.
Aujourd'hui, le quilling est un symbole d'harmonie et de patience. La technique elle-même, qui nécessite une torsion et un modelage méticuleux, est souvent utilisée en art-thérapie pour calmer l'esprit, développer la motricité fine et se concentrer sur le beau. Cet art nous apprend à voir le potentiel des matériaux les plus simples et à créer une beauté complexe à partir de rien, en fait à partir de vieux papiers.
Contrairement à l'origami, où la forme naît de la géométrie du pliage, dans le quilling la forme naît de la courbe de la ligne, du mouvement en spirale sans fin, ce qui confère aux œuvres une vivacité et un organicisme particuliers. Aujourd'hui, le quilling connaît une nouvelle floraison : des modestes cartes aux panneaux d'exposition et même aux bijoux, ce qui prouve que la dentelle de papier ne perd pas son attrait à l'ère numérique.

Nous vous invitons à vous essayer à cet art étonnant et peut-être à créer votre propre petit chef-d'œuvre, perpétuant ainsi l'histoire séculaire de la torsion du papier !





